Dans la vie de Colin Soldati, jeune talent du violon

Originaire du Jura bernois et à l’orée d’une carrière prometteuse de violoniste, Colin Soldati nous emmène dans les coulisses de la vie d’un jeune musicien.  

Colin Soldati avec l’Orchestre Symphonique Suisse des Jeunes

À 22 ans, Colin Soldati est un jeune violoniste originaire de Sonceboz, qui a déjà montré à de nombreuses reprises qu’il était capable de faire vibrer ses auditeurs aussi bien que les cordes de son instrument. Actuellement en étude dans la Haute École de Musique (HEMU) de Sion, le Jurassien bernois semble promis à une jolie carrière de musicien. Dans cette entrevue, il nous parle de ses ambitions, de son parcours, de ses émotions, mais également de sa vie à côté de la musique. Entre sport, bars valaisans et musique métal, Colin est un touche-à-tout ; il a plus d’une corde à son archet.

Pour commencer, comment as-tu commencé le violon ?

J’ai deux parents musiciens qui se sont d’ailleurs rencontrés dans un club d’accordéon. J’ai donc baigné dans la musique, mais pas classique. Le violon est venu parce que j’ai une amie qui avait amené le sien à l’école et ça m’avait intrigué. J’ai trop aimé. Le lendemain, j’embêtais mes parents en répétant que je voulais absolument faire du violon. Quelques semaines après, je commençais mon premier cours (réd. : il a alors 7 ans).

Qu’est-ce qui te plaît autant avec cet instrument ?

Tout ! Autant je suis un grand passionné de lutherie (réd. : fabrication des instruments à cordes frottées) et de se dire que ce sont juste des bouts de bois assemblés avec un peu de colle, je trouve ça fou ! Autant au niveau beauté qu’au niveau de l’histoire qu’il y a derrière, avec les premiers violons qui ont été fabriqués à Crémone il y a plus de 400 ans, le fait que ces modèles perdurent me passionne. Après, il y a le son. On peut chanter avec, on peut faire plein de dynamiques différentes et c’est aussi un instrument très touchant. Ça fait très cliché, mais j’aime tout !

Et tu sais jouer d’un autre instrument ?

Oui, mais pas aussi bien que le violon. Je sais faire un peu de piano, du ukulélé, un peu d’accordéon, de batterie et de guitare. J’aime bien être un peu touche-à-tout, et je m’intéresse aussi au fonctionnement des autres instruments. Je trouve que c’est important pour un musicien de comprendre l’instrument des autres, surtout quand on joue en groupe.

Quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai d’abord été inscrit à l’École de musique du Jura bernois à Saint-Imier, vers l’âge de 7 ans. J’y ai joué environ 11 ans et j’ai obtenu mon certificat de violon en 2021 avec distinction du jury, et ça, c’est beau. À ce moment-là, j’allais déjà prendre des cours à gauche à droite avec des profs en privé, parce que c’est toujours intéressant de voir d’autres méthodologies et pédagogies. J’allais donc à Genève prendre des cours avec Fabrizio Von Arx. Ensuite, j’allais sur Lausanne avec l’Orchestre des Jeunes de Suisse Romande. C’est là que j’ai rencontré Patrick Genet qui est un peu mon idole. J’étais fan de son jeu et il m’a pris sous son aile durant 3 ans. Il m’a aidé à me préparer pour les Hautes Écoles.

Désormais, tu étudies dans la Haute École de Musique à Sion, comment se passent les cours dans ce genre d’école ?

On a une branche principale avec notre instrument, et à côté, on a plein de branches théoriques. On touche autant au solfège qu’à l’harmonie ou à l’analyse de partitions. On a aussi des cours de piano et de la pratique corporelle. Notre corps est tout aussi important dans notre discipline, surtout qu’on a des positions qui ne sont pas du tout naturelles et que ce qu’on fait est hyper demandant. On fait du yoga, on a de la théorie sur les muscles et on apprend comment faire pour éviter de se blesser. Après, on a aussi très peu de cours parce qu’on nous laisse beaucoup de temps pour travailler avec notre instrument et pour nos projets personnels.

Tu me parles de blessure, un musicien peut vraiment se blesser en jouant ?

En fait, on fait des mouvements répétés, et donc le problème, ce sont les tendinites. Autant les doigts bougent toujours dans le même sens, autant les mouvements de bras créent des tensions énormes. Quand on fait ça durant 4 heures de suite, c’est la mort parfois.

Justement tu t’entraînes durant combien d’heures par jour ?

Ça dépend des jours, mais si j’arrive à faire 4-5 heures, c’est déjà bien. Des gens tournent à 8 heures par jour, c’est énorme. Moi, je n’ai jamais vraiment compté le temps parce que je pars du principe que si en 2 heures, j’arrive à faire ce que je dois faire, je ne vais pas me forcer à faire plus.

Et en dehors de l’école et de l’entraînement, quelles sont tes occupations en musique ?

Actuellement, ma carrière a un peu commencé. Je fais des concerts un peu partout et j’ai un agenda de ministre depuis quelques années. Ça devient très rigolo. Je suis aux quatre coins de la Suisse, tout le temps en voyage. J’ai aussi fait une audition pour un poste de supplémentaire/remplaçant à l’Orchestre de Chambre de Lausanne, et je l’ai gagnée, c’est fou ! C’était la première audition pro de ma vie, et j’ai gagné le poste !

C’est un niveau professionnel ?

Oui, c’est un orchestre professionnel. Normalement, tu y vas quand tu as fini tes études. Mais ce n’est pas un poste fixe. Je dois être appelé pour aller remplacer quand ils ont besoin de plus de violonistes selon le programme, ou s’il y a des malades.

À côté de la musique, tu as encore du temps pour faire d’autres choses ?

Comme je l’ai dit, le corps est hyper important, donc je vais nager 2-3 fois par semaines. J’ai aussi le temps d’aller me promener. Et comme je suis à Sion, il y a des bars un peu partout ! Les bars de Sion, quel plaisir ! Après les répétitions, on va toujours boire un truc !

Dans cette vie d’à-côté, tu écoutes quoi comme musique ? Toujours du classique ?

Pas du tout ! J’aime bien le jazz et j’aime aussi bien le métal. Je trouve qu’il y a certaines similitudes avec la musique classique. J’aime bien Rammstein, franchement, respect à eux !

Avec la place que prend la musique dans ta vie, que représente-t-elle pour toi ?

Pour moi c’est déjà un langage. À l’HEMU, on vient de plein de pays différents, il y a des Brésiliens, des Français, des Allemands… Via la musique, qui est pour moi une langue universelle, on se rejoint tous sur un truc que l’on aime et on se comprend. Ça créer des liens très forts entre chaque personne et je suis très touché par ce côté humain de la musique. Pour moi c’est quelque chose qui rassemble. Et ce que ça représente pour moi, c’est toute ma vie. Je ne vis pas sans musique.

Tu ressens la musique d’une façon différente quand tu la joues que quand tu l’écoutes ?

Personnellement, je préfère jouer qu’écouter. J’ai plus de plaisir à exprimer quelque chose qu’à le recevoir, mais c’est très personnel. Quand je joue, j’essaie vraiment de transmettre ce que j’ai au plus profond de moi. On peut très vite jouer simplement des notes, mais rendre le jeu intéressant, vivant et y donner du sens, c’est compliqué et ça s’apprend. C’est aussi une partie de soi et on a tous notre propre jeu. Parfois on arrive à reconnaître les violonistes selon leur manière d’exprimer les notes.

Pour terminer, est-ce que tu as un rêve pour la suite de ta carrière ?

Je ne sais pas si j’ai un rêve. Je veux juste continuer à faire ce que je fais et prendre du plaisir en jouant avec les gens que j’apprécie, en faisant des concerts, etc. Mais avoir un bon poste comme chef d’attaque (réd. : chef de section d’instrument dans un orchestre) ou « Konzertmeister » (réd. : principal relais du chef d’orchestre auprès des musiciens) dans un orchestre prestigieux m’intéresserait.

Photos: archives Colin Soldati

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